Il est vrai que le Maroc a, pour sa part, capitalisé une importante expérience dans l’exercice de la décentralisation, et notamment, depuis la promulgation en 1997 de la Loi portant organisation des Régions, chacune des Régions ayant contribué, en dépit de la modicité de ses ressources financières, à la lutte contre les fractures socio territoriales et socio-économiques et à l’appui aux secteurs du développement, au côté des Collectivités locales et des Institutions d’Etat, et ce, conformément aux Hautes Orientations de Sa Majesté le Roi Mohammed VI Que Dieu l’Assiste qui a voulu que la Région constitue un maillon essentiel d’appui à la démocratie locale et un vaste espace de développement socio-économique et socio-territorial.
Nous sommes maintenant dans une phase de transition de la régionalisation dans sa forme actuelle à une régionalisation avancée, plus audacieuse, dont les quatre piliers ont été clairement définis par Sa Majesté le Roi Mohammed VI Que Dieu le Glorifie dans Son Discours historique prononcé à Marrakech en date du 3 Janvier 2010, dans lequel le Souverain a mis l’accent sur les principes suivants :
- Premièrement : l'attachement aux sacralités et aux constantes de la nation, notamment l'unité de l'Etat, de la nation et du territoire, unité dont Nous sommes le Garant et le Protecteur.
Par conséquent, la régionalisation élargie doit être la confirmation démocratique de la singularité du Maroc, riche par la diversité de ses affluents culturels et de ses atouts spatiaux, le tout se fondant en une identité nationale unique et singulière.
- Deuxièmement: la consécration du principe de solidarité : La régionalisation ne doit pas se réduire à une simple redistribution des compétences entre le centre et les régions.
En effet, la régionalisation ne sera équilibrée et n'aura une portée nationale que si l'exploitation optimale par chaque région de ses atouts et potentialités propres, s'opère en corrélation et en concomitance avec la mise en place des mécanismes efficients de solidarité, incarnant la complémentarité et la cohésion interrégionales Dans un Maroc uni.
- Troisièmement : la recherche de l'harmonisation et de l'équilibre, pour ce qui concerne les compétences et les moyens, ainsi que la prévention des interférences et des conflits de compétences entre les différentes collectivités locales, les autorités et les institutions.
- Quatrièmement : l'adoption d'une large déconcentration dont la mise en Œuvre effective est indispensable pour une régionalisation judicieuse, dans le cadre d'une gouvernance territoriale efficiente, fondée sur la corrélation et la convergence. »
Fin de propos de Sa Majesté le Roi.
Et dans Son Discours du 9 Mars 2011, Sa Majesté a insisté sur d’autres Orientations tout aussi importantes, parmi lesquelles :
- Conférer à la région la place qui lui échoit dans la Constitution, parmi les collectivités territoriales, et ce, dans le cadre de l’unité de l’Etat, de la nation et du territoire et conformément aux exigences d’équilibre et de solidarité nationale entre et avec les régions.
- Prévoir l’élection des conseils régionaux au suffrage universel direct, et la gestion démocratique des affaires de la région.
- Conférer aux présidents des conseils régionaux le pouvoir d’exécution des délibérations desdits conseils, en lieu et place des gouverneurs et des walis.
- Renforcer la participation de la femme à la gestion des affaires régionales et, d’une manière générale, à l’exercice des droits politiques. A cet effet, il convient de prévoir des dispositions à même d’encourager, par la loi, l’égal accès des hommes et des femmes aux fonctions électives.
- Procéder à la refonte de la composition et des attributions de la Chambre des conseillers, dans le sens de la consécration de sa représentativité territoriale des régions. ».
Fin de propos de Sa Majesté le Roi.
Partant de ces Hautes Orientations Royales, le Royaume est aujourd’hui en voie d’ouverture d’un grand chantier national destiné à la promotion de la politique de décentralisation et de déconcentration, dont, parmi les fondements :
- Faire de la bonne gouvernance le levier de la gestion des affaires régionales,
- Le choix de cadres compétents pour assumer la responsabilité de la gestion des affaires régionales, dès lors que les nouvelles attributions dont seront investis les Conseils Régionaux appellent une réelle professionnalisation de leurs ressources humaines,
- L’impératif pour les partis politiques d’assumer leur responsabilité dans le choix de leurs candidats proposés pour la gestion des affaires locales et régionales,
- Le recours à la contractualisation par le biais des contrats-programmes avec l’Etat et avec ses Services déconcentrés,
- L’adoption de l’approche partenariale dans la planification et dans la gestion régionale impliquant les élus, les autorités locales, les acteurs du développement local, et les différents représentants de la société civile,
Dans ce contexte, je ne manquerai pas de faire appel aux enseignants chercheurs afin de s’engager en tant qu’élus dans la gestion des collectivités ou de consolider leurs recherches juridiques et théoriques par la pratique du terrain et du contact de proximité avec les responsables de la gestion des affaires locales et régionales.
En effet, un certain nombre de présidents n’ont pas la capacité ou la possibilité de fréquenter les universités et bibliothèques.
Sans quoi, le savoir universitaire restera confiné dans l’enceinte des universités et bibliothèques, déconnecté de la réalité.
Comme j’exhorte les élus, la société civile, toutes tendances confondues : associations, enseignants chercheurs dans le domaine de la gestion des affaires locales ainsi que les représentants des Administrations régionales, pour conjuguer leurs efforts en vue de relever le défi de la transition vers la régionalisation avancée.
Cet objectif ne pourra être atteint si chacun d’entre nous persiste à participer à la conspiration du silence, car plus que jamais nous nous devons de délaisser de côté les critiques infructueuses et vides de substance et de nous imprégner de l’esprit de l’autocritique, de la permanente communication et de l’audace dans la prise de décision, conformément à ce que dicte l’intérêt général.
Le Président du Conseil Régional.
Abdelkébir BERKIA. |